mercredi 17 janvier 2018


EXOFICTION


Cette fois, la donne était différente. Un type « lourdement armé » venait de prendre d’assaut le palais Bourbon. Une journaliste d’une trentaine d’années, cheveux aux vents, évoquait une prise d’otages. Selon les informations dont elle disposait, environ deux cent députés étaient encore présents dans l’hémicycle au moment de l’attaque. Ce qui surprenait, c’était l’aisance avec laquelle le preneur d’otages avait pu s’y introduire. Excitée, la journaliste désignait d’une main tremblante l’entrée de l’hémicycle devant laquelle s’étaient déjà positionnés les hommes du BRI. Nadine, c’était le petit nom de la journaliste, celui qui en tout cas défilait en bas de l’écran, avait confiance : nul doute que les Bristes allaient régler ça vite fait, bien fait ! C’étaient des pros, des unités chevronnées qui n’en étaient pas à leur premier coup d’essai…

Je me rendis à la cuisine, m’ouvris une bière fraîche, puis je retournai dans le salon. L’image et le son étaient revenus. Il était désormais question de la dette de l’état, énorme. Un journaliste vêtu d’un t-shirt mauve, voyait dans les réformes entreprises (suppression de plus de la moitié des postes dans la fonction publique), des raisons d'espérer.
- OK, mais à cette condition que ces dernières aillent jusqu’à leurs termes, le rabroua un jeune black coiffé à la brosse.
- Vous en doutez ?, demanda le journaliste au t-shirt mauve.
- Ben, au vu de ce que l’on vit en ce moment…
- Mais si, mais si ! Ne soyez pas si pessimiste Antoine ! Et puis quoiqu’il arrive… vous connaissez la position de notre chef de l'état… 
Las, j'éteignis la télé. D’autant que Lina – c’était ma semaine de garde – venait de me rejoindre avec sa poupée Barbie à la main.
- Y a quoi, papa ?
- Une prise d’otage au palais Bourbon.
- Y a des morts ?
- Pas que je sache…
- Pfff…
- Oui, je sais.
- Tous ces « morts pour rien !

Pour rien ? C’était la thèse officielle. Des morts sous le coup d’actes individuels n’obéissant qu’à de soudaines et inutiles pulsions. Contrairement aux attaques des radicaux islamistes qui, elles, au moins, avaient des objectifs précis : dénoncer un certain mode de vie jugé incompatible avec les valeurs qu’elles souhaitaient défendre. Même maintenant. Les rares soubresauts en provenance d’Irak ou de Syrie, foyers de la rébellion islamiste radicale, deux bourbiers innommables que s’arrachaient quelques groupuscules islamophiles - ce qui, manifestement, arrangeait pas mal de mondes que ces barbares s’entretuent et lavent leur linge sale en famille… on continuait à leur pomper leur gaz et leur pétrole, et peu importait si des centaines de personnes, faute de soins et de nourritures, mouraient chaque jour dans l’indifférence la plus totale -, inspiraient un certain respect. Donc, cette poignée d’individus malades ou revanchards, « on » s’en tapait. D’autant que nos industries produisaient de la richesse. Alors, ces attaques? Le fait de quelques aigris qui ne voulaient pas voir les progrès d’une société ouverte et libre dans laquelle chacun pouvait s’épanouir. Ce qui, d’une certaine manière, n’était pas complètement faux. Mais pour une infime partie seulement de la population. Pas pour celle des campagnes et des quartiers de banlieues. Celle à laquelle j’appartenais. Tout comme mes deux enfants. Ainsi que leur mère  Zohra, une franco-algérienne de trente cinq ans qui m’avait récemment quitté car ne supportant plus mes sempiternelles doléances.
- T’as un boulot, un toit, une femme et deux adorables gamins ! De quoi tu te plains ?
C’était cela le problème : plus personne ne voyait ce qui nous pendait au nez.

Lina hocha du chef puis vint s’installer sur mes genoux.
- Alors, y a des morts ou pas ? demanda-t-elle de nouveau.
- Je sais pas Lina.
- Tu veux jouer avec moi à la poupée Barbie ?
- Pas maintenant. J’ai du travail… Et puis il est temps de prendre le petit déjeuner…
Je retournai à la cuisine, en revins avec un bol de céréales à demi rempli de lait.
- Tiens Lina, installe-toi ici dis-je en lui désignant sa petite chaise jaune.
Je rallumai la télé, mis la 7. Il était question de culture geek, de ces gens qui ne juraient que par les nouvelles technologies.
- Y a pas de dessins animés ?
- Si. Voilà ma chérie ! Je vais bosser un peu, OK ?

Flic de formation, je venais d’intégrer la brigade « Réseau 9 ». Mon taf consistait à traquer non pas les terroristes, contrairement à ce que pensaient les gens, mais toutes considérations critiques visant le Pouvoir et ses plus hauts représentants. D’autant que Cronchon, notre nouveau et fringant président, voyait sa côte de popularité baisser dangereusement dans les sondages, le mouvement qu’il avait lui même initié et l’avait conduit jusqu’à l’Elysée donner des signes d’essoufflement. Tandis qu’il avait donné carte blanche aux industriels dont les charges avaient été réduites à néant, le secteur de l’emploi demeurait hyper fragile. 20% des actifs au chômage, cela n’était jamais arrivé. Le problème, c’était que les mecs qui contrôlaient notre économie n’embauchaient plus, mettant en cause certaine « crise ». Quelle crise ? Personne n’en savait rien. Tout cela était parfaitement huilé en fait. Le but des gros caciques, ceux qui dirigeaient les plus grandes sociétés, n’était pas le « plein emploi », une idée absurde en soi dont la volonté était de les affaiblir, mais au contraire de l’entretenir par tous les moyens tout en continuant bien sûr de s’enrichir. Pas cons les mecs ! Alors, quand on leur parlait des attentats, du climat de terreur qui régnait et qui, pour certains, n’était pas sans rappeler celui de 1789, les types de la finance remplaçant alors le clergé de l’époque, ils se gaussaient et faisaient remarquer que cela n’avait rien à voir. Que ceux auxquels il était fait allusion n’étaient qu’une bande de cyniques, de dépressifs et de fainéants sans aucune ambition.
Je m’installai à mon bureau, tout en gardant un œil sur Lina, allumai mon Mac, me connectai à internet, commençai mon job d’explorateur de ce que Proudhon appelait le 7é continent. Facebook, Twitter, Diaspora, la quasi totalité des réseaux sociaux donc, sans omettre les Blogs. Une fois de plus, j’y trouvai de tout. Des commentaires de haine, bien souvent : « putain, ils nous font chier ces grincheux… Eliminons-les… des cafards, manifestement… la lie de l’humanité… », lesquels s’en prenaient donc à ces « putes de nouveaux terroristes », cette engeance qui ne méritait pas que l’on verse pour eux la moindre larme… Des lâches, oui, des fainéants et des bons à rien ! Et leurs parents ? Que faisaient donc leurs parents ? La vie de leurs gamins ne les concernait-elle pas pour qu’ils les laissent dériver comme des moisissures emportées par le vent de la haine et perpétrer les horreurs et abominations que nous savons ! Sur un coup de tête ! Un coup de dés ! Répandre le sang de leurs congénères sans véritable motif… Une honte absolue ! ». Je connaissais l’origine de la plupart de ces messages outranciers. Ils étaient l’œuvre de collègues bossant au Renseignement. L’idée était d’attirer les grosses mouches en répandant ce type de commentaires, lesquels étaient destinés à créer un choc négatif dans cette partie de l’opinion la moins docile et la moins conditionnée. A manipuler ses émotions de manière à ce qu’elle prenne ouvertement fait et cause pour ces pseudos-rebelles qui empoisonnaient cruellement la vie de la Cité et de ses citoyens. C’était donc là que j’intervenais généralement, relevant les noms et autres pseudos de ceux qui osaient manifester certaine sympathie ou compassion pour ces « chiens de terroristes ». Aussi, comme de coutume, je notai quelques pseudos sur mon carnet noir, dont un qui attira immédiatement mon attention : Herzen 95 !

J’effectuai des recherches. Herzen était le nom d’un ancien aristocrate russe révolutionnaire. Je supposai que derrière ce pseudo à consonance germanophone se cachait Pierre Proudhon, dont la tête avait été mise à prix par le Pouvoir suite à une série d’insultes. Un procès était d’ailleurs en cours. Traiter le chef de l’état de « criminel » constituait, selon les articles 23, 26, 36 et 37 de la loi sur la liberté de la presse du 29/7/1881 dont le but était de protéger les personnalités publiques, une offense et un délit passible d’une forte amende, puis d’emprisonnement en cas de récidives. L’organe de presse en question était un hebdo qui avait pour nom « La feuille du contre pouvoir ». Proudhon y avait développé dans le dernier numéro sa thèse préférée dans un article de trois pages intitulé « Les suicidés du prolétariat ». Thèse à partir de laquelle il proposait une analyse lucide, pertinente et originale concernant les récents attentats. Il y dénonçait l’attitude du gouvernement, qui leur ôtait volontairement tout sens politique, et reprochait au chef de l’état son comportement « puéril et criminel », laissait entendre de façon très explicite que l'état se livrait à des pratiques eugéniques visant à éliminer les pauvres de la surface de la planète. La stratégie développée consistait à les humilier, à les priver de leurs droits les plus élémentaires (droit de réunion et de manifester en raison du climat » délétère), et les pousser à passer à l’acte. Tout cela en vertu d'un principe inaliénable selon lequel les riches en avaient toujours voulu aux pauvres d'être ce qu'ils étaient. Et réciproquement. La différence, majeure, étant que les riches possédaient tous les pouvoirs, y compris celui de nuire physiquement à ceux qui pouvaient représenter un frein aux politiques d'austérité mises en place.
Honnêtement, cela ne manquait pas de logique ni de pertinence.
Je rejoignis Lina dans le salon. Celle-ci avait fini d'engloutir son petit déjeuner.
- Alors, papa, y a des morts ou pas, me questionna-t-elle de nouveau.
- Sans doute oui, ma chérie.
- Beaucoup ?
- Certainement...
J'allai dans sa chambre, rassemblai quelques affaires à elle dans un sac de sport, pris Lina par la main.
- Ma chérie, tu vas retourner chez maman... Papa peut pas s'occuper de toi aujourd'hui...
- T'as trop de travail ?
Oui, trop !
- Et John ?
- Il est chez un copain. Il vous rejoindra plus tard.
Le temps d'enfiler mes vêtements, de raccompagner Lina chez sa mère, et je me retrouvai près du Palais Bourbon. Il y avait un monde dingue, surtout des journalistes, dont Nadine qui continuait à livrer ses analyses et commentaires sur la situation. Au bout d'une dizaine de minutes, un homme d'une trentaine d'années, barbu et de bonne corpulence, simplement vêtu, quitta l’hémicycle. C'était lui ! Il tenait un Mauser à la main dont le canon était dirigé vers moi. Je le regardai, eus envie de lui sauter dessus. 
Le lendemain, je faisais la Une de tous les journaux. Erigé en héros, je devins une sorte d'icône nationale : celle du Pouvoir ! 


Je repris mon taf. J'avais accumulé pas mal de retard dans ma traque des esprits dérangés. Au final, ils semblaient plus nombreux que d'ordinaire, s'être multipliés comme des petits pains. Autant dire que là-haut, dans les sphères du Pouvoir, ils commençaient à flipper sérieusement. Une phrase, toutefois, ne cessait de me trotter dans la tête comme une sorte de leitmotiv infernal. Elle tournait en boucle, me réveillait parfois en pleine nuit, comme un phare brusquement braqué sur moi: "Il naquit dans un éclat de rire, mourut en se fendant d'une grimace. Entre ces deux états émotionnels, rien ne lui fut épargné: ni la souffrance, ni l'amour, ni la trahison. Mais une chose lui manqua: celle de n'avoir pas cru suffisamment en ses rêves!". 
Qu'avais-je donc fait des miens devint bientôt une question cruciale...

jeudi 11 janvier 2018

L’allée des coquetiers


par Philippe Sarr


La plus vraie perte de temps qui soit est de compter les heures


François Rabelais



Le jardin, joliment sculpté, n’a rien à voir avec les jardins de curé qui prolifèrent alentours. Au-dessus, dans leurs livrées blanches et noires, deux pies rieuses se font ostensiblement la cour, volent de toits en toits, de cheminées en cheminées, sous le regard tendre et ému de Catherine qui croit deviner en elles un parangon de beauté originelle. Catherine, dont l’œil vif et clair a vu tant de fois le soleil se coucher et fondre comme une noix de cajou derrière l’horizon, qu’il est devenu l’égal de ces astres qui brillent et tourbillonnent au loin. Quelque part, dans un endroit tenu secret, secret qu’elle partage avec sa fille, ont été enterrées les cendres d’Irma, l’épagneul aux yeux chiasseux qui, dans un grand jour, était capable de grimper au sommet du « bouleau jaune » avec l’agilité d’un chat de gouttière.

L’inhumation s’est déroulée un peu plus tôt. Dans l’intimité. Exception faite de la bande des quatre. Nul n’aurait, raisonnablement, pu manquer à l’appel pour cet hommage rendu à celui que tout le monde surnommait ici « Tonton Gaston ». Pas tant en référence à son statut d’ancien qu’à son physique à la Gabin, une forme d’autorité morale et spirituelle qu’il incarnait et exerçait sur son voisinage. Tous ont ainsi tenu à lui témoigner une dernière fois leurs cordiales et grandgousièrines pensées, matérialisées, pour l’occasion, par la présence altière d’un Krug grande cuvée, année 1965, celle de la seconde naissance de Cristina, l’enfant adopté.
Ceux qui, à aucun moment, n’ont dérogé à la règle qui consistait à ne jamais remplir son « coquetier » (à l’origine du mot « coktail!) « plus haut que le bord ». Sous peine de se voir gentiment rabroué, moqué, ridiculisé, comme le fut Agnostes, Agnostes, le sorbonnard spécialisé dans l’étude des cristaux, qui se vit imposer, le teint d’habitude coloré se mettant soudain à pâlir, de replanter, brin après brin, le petit carré de pelouse sise à l’entrée de l’allée. Allée que quelques chiens confondaient parfois, selon Gaston, avec un boulodrome, eu égard à la forme étrangement arrondie de leurs « inénarrables productions scatologiques » (un mystère jamais élucidé). Sobre, donc, émouvante, comme lorsque Cristina, droite comme le i de l’if qui se dressait devant elle, lut sa lettre d’adieu, rappelant, la voix jamais brisée, toujours bien maitrisée, qui donc l’homme qui l’avait jadis adoptée, avait été : un être brave et généreux.


Une coupe de Krug à la main, sous la tonnelle du jardin, chacun revoit, rieur et « maintenant que le plus dur est passé », « comme une lettre à la Poste », aurait ajouté Gaston, le mur d’images, dans la petite salle du « funé ». Un mur d’images sonores soigneusement choisies retraçant, comme dans un musée éphémère, près de cent années d’existence. La tentation, alors, de se laisser aller à quelques vains regrets affleure. Quelques larmes recueillies en vitesse par un Kleenex se trouvant là presque par hasard l’atteste au moment où s’élève dans l’enceinte funéraire la voix tremblante du Duke, que la présence irréelle du défunt dans son cercueil en bois de chêne capitonné d’ivoire rend encore plus tragique. Mais il en faut davantage pour couper les jambes de celle qui, soutenue par "Melvyn de Cynthia", se lève du fauteuil roulant, dont les jantes chromées brillent autant que celles du side-car – un MZ 250 - avec lequel elle et son homme sillonnaient les routes de France, pour se hisser sur la pointe des pieds et déposer un baiser fougueux sur les lèvres désormais closes du Gaston. Elle l’enlacerait bien comme autrefois, malgré un dos douloureux et « en charpie », deux prothèses au genou gauche et à la hanche droite, des épaules dont les attaches semblent si fragiles qu’on les entendrait presque craquer. Craquer une dernière fois pour celui qui, comme d’hab’, leur « aura montré la voie». Une voie que Gaston, en rabelaisien qui ne comptait jamais les heures, s’apprête à emprunter, son Krug dans une main, une carte et une boussole dans l’autre... 
Pour le cas où le voyage s’annoncerait plus difficile que prévu.
Revue Hazard zone... 👌
Et c'est pas parce que c'est mon neveu ! Très beau recueil...

Tagada2








Mon nouveau roman est en souscription (éditions de la P'tite Hélène - voir conditions de vente ci-dessous)



"Un jour, il en a eu marre de ces obstacles-humains, non humains-, qui se dressaient sur sa route. Il a alors pété un câble et ça lui a niqué le nerf optique". 

C'est comme ça qu'est né Tagada, et qu'il (le bouillant narrateur) a eu cette révélation succulente selon laquelle le sens de la beauté était l'altérité...










http://www.laptiteheleneeditions.com/boutique/tagada-de-philippe-sarr.html

samedi 2 décembre 2017

Amuse-Bec, de Thierry Girandon (Crispation éditions)


Difficile de parler d’un recueil (une douzaine de nouvelles) quand ce dernier – je devrais dire « ces dernières », tant l’ensemble s’avère être d’une rare homogénéité dans le sombre et le tragique – vous a cloué le bec, précisément. Parce que des expériences de lecture comme celle-ci, extrême et sublime, ont la rareté d’une comète venue traverser votre ciel sans crier gare.
David Laurençon, qui a publié le recueil, a dit de Girandon qu’il est sans doute l’un des tous meilleurs novellistes qu’il lui ait été donné de lire. Et on ne peut que le croire !
Sexe et alcool sont omniprésents dans ce recueil, histoire bien sûr de clouer le bec à un quotidien rythmé par la froideur glaciale de nos « tubes cathodiques ». Pas drôle, donc (quoique l’on se surprenne parfois à rire de l’infortune ou du cynisme de certains personnages). Mais d’une efficacité redoutable.
Aussi, le plaisir est-il là, niché dans chacune des phrases du recueil qui se déroulent comme un long ruban noir parsemé d’éclairs foudroyants et poétiques (d’une poésie qui vous consume) : «  Le temps s’était égaré quelques part… L’alcool véhiculait dans l’esprit de ses gonades mille photogrammes pornographiques… L’après-midi s’écoulait ainsi, comme des eaux usées… Le soir, avant de sombrer, ils regardaient ces écrans qui réfractaient leur misère sauf quand la lune s’y reflétait… un bonbon si ténu qu’il fond comme un flocon de neige venu par mégarde d’un autre hémisphère… Dans la clarté polaire de la nuit, les flocons étaient noirs, et regarder au-delà des étoiles piquait les yeux… Par un trou du toit, il voyait une belle lune ronde et blanche comme le cul d’une tasse en porcelaine, et une chiée d’étoiles qui semblait la décoration kitsch d’une assiette… « .

Girandon nous dépeint par petites touches subtiles (on pense parfois à Carver), un monde à l’agonie, dématérialisé, dans lequel la misère court de rues en rues, de terrains vagues en terrains vagues. Chaque personnage – Louise, Marie, Bernard, Raoul… semblent s’être égarés dans un monde « de paillettes », hantent ces nouvelles comme des fantômes hystériques rêvant leur propre mort et la nôtre. Prélude à un dernier tour de piste « avant l’abêtissement final de l’humanité (…) penchée au-dessus du gouffre des tablettes numériques… »